La Passionnante de Carthagène avec ses 2 000 ans d’histoire – 1/2

Carthagène : une ville au potentiel touristique inexploité

Carthagène est une ville à l’histoire longue, riche et pour le moins mouvementée. Sous l’influence des Carthaginois, puis successivement des Romains d’Occident, d’Orient (Byzantins), des Maures, ce n’est que sous le règne des monarques d’Espagne que son destin fut scellé : elle allait devenir l’une des bases navales de défense les plus importantes d’Espagne.

Entre la richesse de son histoire antique, la multiplicité d’influences visibles dans la ville et son lourd héritage militaire, la ville est désormais reconvertie, même si elle reste l’une des principales bases navales du pays.

Et pourtant, la plupart des touristes semblent la bouder.

Elle a beaucoup à offrir, même s’il vous faudra parfois être aventureux et sortir des sentiers battus (cf. mon autre article sur Carthagène).

Vous y verrez des parades et des célébrations qui lui sont spécifiques, notamment la Fiesta de los Cartagineses y Romanos (comprenez la Fête des Carthaginois et des Romains). C’est un vrai péplum grandeur nature, avec des troupes défilant dans les rues et même des reconstitutions de batailles.

Fête des carthaginois et des romains à Carthagène

Mais pour être capable de comprendre ces célébrations et de voir tout le potentiel de cette ville, il vous faut savoir quoi guetter.

Et pour comprendre comment cette ville a évolué au fil du temps, et comment son patrimoine culturel et historique a été (ou non) mis en valeur, il convient de se pencher sur son histoire.

Vous pourrez ainsi profiter pleinement de cette grande cité et de ses 2000 ans d’histoire.

Carthagène : une histoire mouvementée et riche

Carthagène – ou Cartagena en espagnol – est une ville littorale située au sud-est de l’Espagne, dans la communauté autonome de la région de Murcie (ou Murcia).

L’histoire de Carthagène commence « officiellement » (les guillemets sont utilisés ici car la zone du Campo de Cartagena est active commercialement depuis le VIe siècle avant J.-C) au IIIe siècle avant J.-C, pour être plus précis en 227 av J.-C., lorsque la ville est fondée par Hasdrubal le Beau, venant, quant à lui, de Carthage. À l’époque, elle ne porte pas le nom de Carthagène mais celui de Qart Hadasht (encore plus dur à prononcer que le nom de son présumé fondateur). Ce nom signifie « Ville Nouvelle ».

Outre cela, les opinions ne sont pas unanimes quant au nom du « vrai » fondateur de l’actuelle Carthagène. Certains auteurs antiques expliquent ainsi que Teucros fonda Carthagène bien avant Hasdrubal (le Beau), en 1184 avant J.-C.

Mais qui était donc Hasdrubal ? Il n’était autre que le beau-frère du célèbre général carthaginois (de Carthage) Hannibal Barca. Le général Hannibal quitta ainsi la ville en 218 av. J.-C. avec ses éléphants et traversa d’abord les Pyrénées puis les Alpes, dans le cadre de la deuxième Guerre Punique menée contre l’Empire Romain.

Carte du territoire de l'empire carthaginois dont le chef de file était Hannibal

Qart Hadasht était la principale cité de l’Empire Carthaginois d’Hannibal en Ibérie (ou Hispanie) jusqu’à ce que les Romains décident de riposter 9 années après, en 209 avant J.-C.

C’est alors que le général romain Scipion L’Africain reprit la ville à l’aide d’une stratégie militaire très bien pensée et rusée. La ville fut alors renommée Carthago Nova. Elle devint peu à peu une ville d’importance pour l’Empire Romain et elle fut élevée au rang de colonie (en 44 avant J.-C).

Elle se vit alors octroyer un théâtre (encore très bien conservé et que l’on peut visiter) et un forum par l’empereur Auguste.

L’histoire de la ville ne recommença à être chamboulée que bien plus tard, en 425 après J.-C, avec le pillage de la ville par les Vandales d’Afrique. L’Empereur en charge essaya de rassembler une flotte pour récupérer des mains des Vandales les territoires anciennement romains. Cependant, les 40 navires furent tous détruits par les Vandales et ce fut un échec cuisant pour Rome dont l’Empire déclina peu après.

Après la chute de l’Empire Romain d’Occident, la ville passa aux mains d’un empereur romain d’Orient (aux mains de l’Empire Byzantin donc) en 550. Elle fut alors renommée Carthago Spartaria. 

En 622 après J.-C., il s’en suivit encore une fois un pillage de la cité, par les Wisigoths cette fois-ci.

Puis c’est sous domination Maure (arabe), que passa la ville dès 711. Elle changea à nouveau de nom : elle devint Qartayannat al-Halfa.

Carthagène : une base militaire, navale et défensive de plus en plus significative

La ville n’est reconquise qu’en 1245. L’histoire navale de Carthagène commence à ce moment là, puisque l’Ordre de l’Étoile, chargé de la défense navale de la Couronne de Castille, est basé à Carthagène.

Sa situation géostratégique lui permet de se développer au niveau commercial (port) et maritime (base navale).

Puis la ville est restituée à Isabelle la Catholique en 1503.

Dès 1516, avec le règne de Charles Quint, le rôle militaire de Carthagène ne fit que s’accroître. Elle fut équipée pour la défense de la ville : murailles renforcées (encore visibles à proximité du Fuerte Navidad), construction de quelques forts en bordure de mer. Son port devint une base militaire incontournable pour les rois d’Espagne.

Au XVIIIe siècle, pendant la guerre de Succession d’Espagne, devinez quelle ville est désignée Capitale du département militaire de Méditerranée?

Cette histoire militaire florissante fut (presque) stoppée net en 1898 avec la guerre opposant les États-Unis et l’Espagne. Ce n’est pas sans raison qu’elle fut surnommée « El Desastre de 98 ».

C’est alors que la ville se mit à privilégier les activités d’extraction minière dans la Sierra Minera de Cartagena – La Unión.

La ville fut alors libérée de son rôle militaire jusqu’à la guerre civile espagnole (1936-39). Carthagène redevint alors une base navale, mais pas n’importe laquelle. C’était le seul bastion qui était encore contrôlé par les Républicains. Ce n’est qu’en 1939 qu’elle tomba aux mains des franquistes.

La Carthagène contemporaine : industrie navale, raffinerie pétrolière et agriculture

Navantia (anciennement SECN) est l’entreprise la plus connue de la ville. À l’issue de la guerre civile espagnole, cette compagnie de construction navale fut privatisée et elle continue actuellement son commerce très florissant.

La raffinerie de Carthagène est également bien visible depuis le côté ouest de la baie, côté Fuerte Navidad.

Pour finir, c’est l’agriculture dans le Campo de Cartagena qui permet à la ville de se développer économiquement (huile d’olive, agrumes, légumes, fruits, amandes…)

 

Cet article n’est que le premier d’une série de posts sur Carthagène. L’article suivant portera sur la découverte de l’histoire de la cité loin des sentiers touristiques battus.

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